Le blog des voyageurs à vélo

Le vrai tour de France à vélo d’Aurélien Chaméon

Aurélien Chaméon, 29 ans, professeur d’histoire-géo, a décidé de réaliser un vrai tour de France à vélo en juillet 2014. Pas le tour de France que l’on connaît tous. Non, le VRAI tour de France: un an de vélo, en solitaire, 96 départements traversés et 19 000 kms pédalés. Son livre publié aux éditions Ouest France, il revient sur cette formidable aventure avec nous. Attention, cet entretien risque bien de vous donner envie de parcourir notre beau pays à vélo :)

Bonjour Aurélien, peux-tu nous présenter ton voyage / le projet ?

Le fil directeur de ce Tour de France était de passer dans chacun des départements, soit 96 au total, Corse incluse.

Encore plus que l’intérêt sportif, l’objectif était de sentir battre le pouls de la France, à travers ses habitants. En effet, dans le cadre de cette aventure humaine, j’ai rencontré les personnes des différents terroirs, et me je me suis intéressé aux zones traversées sous l’aspect historique, social, architectural, et culinaire essentiellement. Passer dans chaque département m’a empêché de ce fait d’effectuer une sélection au préalable en fonction de mes goûts, et c’est ce qui m’a permis d’avoir de bien belles surprises. Je suis parti le 7 juillet 2014 pour « boucler la boucle » le 7 juillet 2015, après 270 étapes et près de 19000 kilomètres.

Tour de france à vélo d'Aurélien Chaméon - arrivée

Qu’est-ce qui t’a poussé à te lancer dans ce tour de France ?

Depuis 2011, je partais, généralement au mois de juillet, avec mon vélo et ses sacoches, sur deux semaines. J’avais fait en 2012 une boucle Alpes-de Haute-Provence – Drôme – Ardèche -  Haute-Loire – Puy de Dôme – Cantal – Ardèche – Alpes de Haute-Provence. Lors de ces expériences, je connaissais le bonheur au quotidien, de rouler, découvrir des contrées nouvelles, contempler, échanger, apprendre encore et encore en écoutant les parcours de vies de toutes les personnes que je pouvais croiser. Ce fut un déclic, je me suis alors dit : « Allez, maintenant, il va falloir tenter l’aventure sur une année entière, pour voir ce que cela donne ! » Et comme la France est pleine de richesses et de diversité, l’idée d’accomplir un tour de France des départements est alors née !

C’était ton premier voyage à vélo ?

Non, de ce fait, ce n’était pas le premier, en 2011, j’avais fait un tour de Drôme. En 2012, le trajet dont je te parlais précédemment, et en 2013 j’avais relié tous les cols de plus de 2000 mètres des Alpes de Haute-Provence et des Hautes-Alpes. Mais sur une telle durée, un an, oui, c’était une grande première !

Peux-tu nous décrire ton itinéraire en détails ? Combien de départements as-tu traversés ? Combien de kms au total ? Quel niveau de difficulté ? Combien de temps ?

Pour avoir une idée du parcours, voici la carte:

Vrai tour de France à vélo Aurélien ChaméonJ’ai parcouru en premier la moitié est du pays, afin de me trouver « moitié ouest » en hiver, loin des massifs montagneux. C’était un choix judicieux car je n’ai eu la neige qu’à trois reprises. J’ai traversé 96 départements, pour près de 19000 kilomètres, en une année. Je prenais un jour de repos par semaine, en moyenne. En fin de parcours, vers avril mai, comme j’avais de l’avance, je me suis arrêté sur de plus longues périodes afin d’écrire mon livre.

Quels départements arrivent sur le podium ? 

C’est difficile d’établir un top 3 des départements, il y en a beaucoup qui m’ont plu ! Je te réponds plutôt avec un Top 4 des régions ! Sur un pied d’égalité : Bretagne, Alsace, Corse, Pays Basque ! A la fois pour l’accueil, les paysages, l’architecture, l’identité et les valeurs !

Quels sont les départements les plus montagneux que tu as traversés ?

Mon itinéraire empruntait des cols dans chaque massif : Alpes, Pyrénées, Massif Central, Vosges, Jura, Corse. Pour celles et ceux qui aiment les routes assez pentues, et offrant de sublimes panoramas, les départements Savoie, Haute-Savoie, Jura, Haute-Corse, Ariège, Puy de Dôme, Hautes-Pyrénées, et bien sûr Hautes-Alpes et Alpes de Haute-Provence sont incontournables.

Ceux où la météo était la plus difficile ?

Dans l’Aveyron, c’est rigoureux ! J’ai eu deux fois la neige, une fois début février, et une autre mi mars quand j’y suis repassé. De toute façon, je ne regardais absolument jamais la météo ! Je roulais chaque jour, m’adaptant aux conditions, j’avais tout ce qu’il fallait au niveau vestimentaire, et si je voyais sur l’instant que les conditions de route étaient mauvaises, alors je modifiais mon itinéraire. Je me rappellerai toujours de mon départ de Rocamadour ! Il se met très rapidement à neiger, et ça prend ! Jusqu’à Figeac, je dois donc rouler en plein milieu de la nationale, qui avait été « à peu près » déneigée, et chaque côte était bien délicate à franchir ! A vélo avec remorque, le pire, c’est la neige et le vent latéral !

Où les gens ont été les plus accueillants ?

Il m’est totalement impossible de répondre à cette question ! J’ai seulement eu trois mauvais accueils, sur 365 jours c’est dérisoire ! Généralement, lorsque l’on vous voit arriver à vélo, avec une remorque, et que vous vous intéressez aux gens et à leurs terroirs, ils vous ouvrent facilement leurs portes.

Parle nous du défi sportif: combien de kilomètres faisais-tu par jour ? As-tu eu des pépins physiques ? des grosses fatigues physiques ou mentales ?

En moyenne, je faisais 80 kilomètres par jour au printemps, en été et en automne, et 50 à 60 en hiver. Je n’ai eu aucune fatigue mentale, et un seul pépin physique, dont je parle plus bas !

Quel était ton équipement ? As-tu eu des problèmes mécaniques ?

Mon vélo est un Spécialized Secteur Elite Triple, en aluminium, de 2014, tandis que ma remorque est une Aevon Kit L80 Trailer, de 2014 également. Sur le vélo, j’ai changé les roues d’origine, bien trop lourdes et aux mauvais roulements, pour des American Classic 650. Les pneus Continental 4 saisons sont exceptionnels ! Je suis entièrement satisfait par tout ce matériel. Les jantes sont excellentes, le vélo également (sa seule faiblesse : il faut souvent changer de câbles dérailleurs et plateaux, qui cèdent vite (4000 km) + roulement de pédalier mort à 8000kms, étonnant). La remorque n’a pas bougé, excellent matériel, sauf pour le pneu monté d’origine, nul !

Le plus gros pépin mécanique, c’était début septembre, dans les Vosges. Mon câble de dérailleur venait de céder, ce qui avait entraîné le bris de la chaîne, ainsi que du ressort de dérailleur. Des outils et des pièces, j’en avais dans ma trousse, mais pour tout cela…non ! Donc j’ai du me résoudre à pousser le vélo. Ce n’était pas une galère non plus, il faisait très beau, j’étais sur une route déserte, j’ai pris mon temps, et au premier village, j’ai trouvé un annuaire dans une cabine téléphonique. Un réparateur était ouvert, et se trouvait dans la prochaine ville : dans près de 20 kilomètres. Donc j’ai continué de pousser, je remontais sur le vélo dans les descentes !

Quel est ton souvenir le plus marquant du voyage ? 

Le souvenir le plus marquant : j’en aurai des dizaines ! Allez, un souvenir m’a particulièrement marqué : c’était à Vernon, dans l’Eure, fin août. Au restaurant, j’ai fait la connaissance d’un couple de retraités. Le mari était un ancien cycliste accompli, amateur de diagonales telles que Paris-Brest-Paris (1200 kilomètres). En 2004, il s’apprête à partir en retraite, quand il s’aperçoit qu’il se passe « des choses » dans son organisme. La maladie de Parkinson est diagnostiquée. Il doit réapprendre à vivre, pour chaque geste du quotidien. Articuler correctement, couper sa viande, tout devient « exploit ». Puis en fin de repas, submergé par l’émotion, il fond en larmes et ne reparlera plus. C’était très touchant, et cela occasionna ma première nuit blanche. De telles rencontres font mesurer la chance que c’est d’être en très bonne santé.

La pire galère du voyage ?

Le seul problème physique de mon aventure. Lorsque j’étais dans les Cévennes, fin janvier, sous la neige : j’ai eu subitement très mal au dos, plus de souffle, et un rythme cardiaque élevé…je saignais lorsque je me mouchais. Je suis allé aux urgences à Alès, le médecin redoutait une pneumonie ou un pneumothorax. Après un irm, et une radio des poumons, ce n’était en fait qu’une immense inflammation intercostale, des deux côtés, devant et derrière ! Rien de grave, trois jours de repos, des anti inflammatoires, et je reprenais la route !

La meilleure rencontre ?

C’était en plein cœur de l’hiver, dans un département très rural fait de collines, je venais de rencontrer une jeune femme qui allait devenir 5 mois plus tard ma compagne. Un magnifique cadeau de la vie, en plein milieu de mon voyage…LA rencontre !

Voyager à vélo en solitaire, c’est dur ?

Tout dépend des tempéraments ! Pour moi, ce n’était pas dur, car certes le voyage était en solitaire, j’évoluais ainsi en silence, je profitais de tout, et également… je n’ai jamais autant rencontré de personnes, au quotidien ! Le fait de voyager seul facilite grandement les rencontres, les propositions d’hébergements aussi. Les discussions se développent très facilement. J’ai rencontré un groupe de 6 cyclotouristes, qui eux, n’arrivaient jamais à nouer des relations avec les personnes autochtones qu’ils rencontraient, et pensaient que c’était lié au « poids du nombre », qui peut faire peur !

Trois leçons que tu as apprises de ton voyage ?

Si il n’y en avait que trois ! Retenir le meilleur de chaque journée, car une journée « entièrement noire » cela n’existe pas, il y a toujours des enseignements à en tirer. J’ai aussi pu constater que c’étaient les personnes souvent les plus défavorisées qui offraient l’accueil le plus humain. Ce fut le cas dans le Nord Pas-de-Calais, en Lorraine. J’ai appris à encore plus relativiser.

Ton prochain voyage à vélo, c’est pour quand ? et dans quel pays ?

Je n’ai pas de prochain voyage à vélo en tête ! Actuellement, la promotion de mon livre me prend bien du temps, car j’ai eu la chance d’intéresser un éditeur national. Cela me permet de rester dans l’esprit d’échange et de partage de mon aventure ! Les rencontres-dédicaces sont de vrais plaisirs !

Aurélien Chaméon livre tour de France à vélo

Présente nous un peu ton livre justement :)

Mon livre s’intitule Le tour des départements de France à vélo, aux Editions Ouest France. Il est disponible depuis un peu plus d’un mois. Il retrace l’aventure unique que j’ai pu vivre, en un an, sur les routes de France. En 208 pages, je relate mon expérience, en liant les aspects sociaux, humains, et culturels des terroirs que j’ai pu traverser, avec une bonne dose d’humour! Le côté sportif est seulement présent en trame de fond, l’important, ce sont les rencontres que j’ai pu faire, tous ces échanges. Dans mon livre, département après département, je donne ainsi la parole aux personnes que j’ai rencontrées.

Un dernier mot pour convaincre les lecteurs de notre blog de partir à l’aventure à vélo comme toi ?

Une aventure d’une année, ce n’est que du bonheur, du positif à chaque instant, donc si vous vous sentez prêts, ne repoussez pas, partez ! Et pour répondre à une idée reçue que j’ai entendu bien trop souvent : non la France n’est pas ringarde, non, les accueils ne sont pas timorés. Chaque région possède des richesses infinies. Donc, pourquoi partir à 10 000 kilomètres de là, profitons déjà de découvrir toutes les richesses humaines et patrimoniales qui composent la France !

Merci à Aurélien d’avoir répondu avec enthousiasme à toutes nos questions ! Si vous souhaitez en savoir plus sur son voyage, rendez-vous sur sa page Facebook ici. Bien sûr, on ne peut que vous recommander de faire comme nous: acheter son livre :) Vous pourrez également rencontrer Aurélien qui participera au Festival du Voyage à Vélo qui aura lieu à Vincennes, les 16 et 17 janvier.

 

Et vous, ça vous dirait de partir à l’aventure à vélo pendant un an ? Avez-vous déjà voyagé à vélo en France ? Dites-nous tout en commentaire de cet article !

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